Vade mecum pour une église en danger

Elisabeth d'Orsetti, correspondante Maine-et-Loire de la Sauvegarde de l'Art Français

Elisabeth d’Orsetti, correspondante Maine-et-Loire de la Sauvegarde de l’Art Français

Elisabeth d’Orsetti est correspondante de la Sauvegarde de l’Art Français en Maine-et-Loire depuis plus de 25 ans. En 1985-86, elle a participé à la création d’une association pour la restauration de la chapelle Notre-Dame de Montplacé, à Jarzé. Cette chapelle, ancien lieu de culte marial appartenait à une dame qui ne pouvait en assumer seule la restauration. L’association, avec l’aide de la DRAC (car la chapelle est classée au titre des Monuments Historiques) a pu mener à bien ce projet. Madame d’Orsetti est aussi membre de la Commission diocésaine d’art sacré, ce qui lui donne une bonne connaissance des besoins des églises de son département. Ce vade mecum, réalisé à la lumière de sa longue expérience, a pour but d’aider toute personne désirant la restauration ou la mise en valeur d’une église.

PRÉAMBULE

Depuis quelques années la Presse n’hésite pas à donner l’alerte sur des situations dramatiques d’églises en péril, que d’après elle, des communes n’hésitent pas à démolir tant elles deviennent dangereuses, trop onéreuses à restaurer, voire inutiles.

S’il est vrai que le patrimoine religieux en France a un fort besoin de restauration, il ne faut pas oublier que de nombreuses municipalités se soucient de les sauvegarder et que des financeurs publics comme privés se préoccupent de la question et bien souvent de façon positive et sans bruit.

La municipalité d’une ville ou d’un village se trouve, depuis la loi de 1905, propriétaire de l’église et donc chargée de son entretien.

Beaumont-Eglise Notre-Dame de Chabrillé

LES PROBLÈMES

Quels sont-ils ? Comment les affronter, les résoudre ?

– Le bâtiment est de grande taille
– La population locale est en diminution, en milieu rural notamment, mais cependant très attachée à son église.
– Les paroissiens qui la fréquentent sont moins nombreux.
– Le curé affectataire, chargé de plusieurs clochers, ne réside pas sur place.
– L’entretien de l’église n’a pas été régulièrement assuré.
– Les travaux à envisager sont élevés.
– Le budget de la commune est limité et souvent lourdement endetté.

 Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle cite les grands points rencontrés.

 LA PRISE DE CONSCIENCE, PAR QUI ?

 – Le premier concerné est le Maire et son Conseil Municipal , puisque la Commune est propriétaire de l’édifice.
– L’affectataire, c’est à dire « le locataire du lieu » en quelque sorte, est également hautement concerné en tant qu’usager.

– Le Diocèse, par l’intermédiaire des services mandatés par l’Évêque, est parmi les principaux informés d’une situation  grave.
– Les Paroissiens, les EAP responsables avec le Curé de la vitalité de la paroisse, sont aussi attentifs à l’état de leur l’église.

Beauvau (Maine-et-Loire) vue d'ensemble

Beauvau (Maine-et-Loire) vue d’ensemble

QUI DÉCIDE DE LA SOLUTION À TROUVER ?

Le Maire de la Commune propriétaire de l’église est l’autorité principale responsable avec son conseil Municipal.

Mais ce sentiment de propriété est partagé avec les habitants qui ont élu leurs édiles démocratiquement.

Le Maire ne peut donc prendre une décision seul avec son Conseil sans connaître les souhaits et appréhender les réactions d’une décision qui aura des répercussions importantes sur la vie des habitants, son passé.

 Le « déconstruction » nouveau terme, qui semble vouloir cacher le vrai mot démolition, ne se décide pas à la légère.

L’église n’est pas seulement un grand édifice destiné aux rassemblements, culte et culture s’y côtoient, elle a une histoire, une âme qui évoque les événements locaux depuis des siècles, le clocher sonne les heures et situe la Commune qui se repère sur les cartes, dans le paysage.

Tous s’y sentent attachés et impliqués lorsque son état menace, l’église est un patrimoine collectif commun aux chrétiens comme à ceux qui ne la fréquentent qu’épisodiquement.

Tout en restant lieu de culte, bien souvent elle est ouverte à des manifestations sociales et culturelles après avis favorable de l’affectataire.

Des situations conflictuelles naissent parfois lorsque rapidement, au départ la concertation n’a pas eu lieu entre édiles et habitants.

QUELQUES PRINCIPES DE BASE À RESPECTER

On ne saurait trop insister sur l’importance de la concertation. Tout sujet sensible doit être examiné avec attention dès que la question se pose.

 1° – Au départ, les personnes concernées sont le Maire et le Curé affectataire.

La question doit être abordée entre eux dès lors que la Municipalité est prête à demander des devis de restauration.
Si les travaux envisagés sont importants un architecte doit être consulté.
C’est peut être lui qui a ouvert le dossier.
Si l’église est protégée : Inscrite à l’ Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques (ISMH) ou classée au titre des Monuments Historiques (MH), les responsabilités incombent à l’Architecte des Bâtiments de France du Département et à la DRAC, Direction Régionale des affaires culturelles.

 2 ° – Quel sera l’avenir de l’église ?

Si elle est protégée par l’État, elle a un intérêt artistique, historique ou touristique qui justifie sa préservation. Elle peut contenir des objets, meubles, autels qui sont eux aussi protégés. Sa conservation est évidente.

 Si pour des raisons de sécurité, de mauvais matériaux employés, d’erreurs de conception architecturale, sa disparition sera une hypothèse de dernier recours.

 Dans ce cas, la création d’une Association peut être opportune.

Chartrené (Maine-et-Loire) église Saint-Maurice

Chartrené (Maine-et-Loire) église Saint-Maurice

En faire partie sera de la liberté de chacun, il faut que les opinions de tous bords y soient représentés, puissent s’exprimer.
Le choix du Bureau sera soigneusement établi.
Lorsque la situation devient conflictuelle cette Association pourra aider le cas échéant, à trouver un consensus.

Les devis concernant soit la restauration soit la démolition et la construction d’un nouvel édifice doivent être rigoureusement étudiés. Il faut éviter les excès dans un sens ou dans l’autre pour faire valoir les arguments de chacune des parties.

 La Municipalité, promoteur et propriétaire du nouvel édifice restauré ou reconstruit consultera la CDAS, Commission Diocésaine d’ Art Sacré, de même que la Commission des églises du Diocèse,

La conception de l’extérieur comme de l’intérieur sont intimement liés et feront l’objet d’une collaboration entre les parties intéressées.
La nouvelle église fera l’objet du même statut d’affectation cultuelle.

Bien que chaque cas soit différent selon les Communes, une solution existe.

Élisabeth d’Orsetti
Correspondante de la Sauvegarde de l’Art Français en Maine-et-Loire
Membre de la Commission Diosaine d’Art Sacré du Diocèse d’Angers
le 4 novembre 2015

Destinataires : Les Associations de Maires des Départements
Les Diocèses : CDAS Commissions des Eglises, Curés de Paroisses
Les Publications Diocésaines
Les Associations Nationales de sauvegarde du Patrimoine religieux et du Patrimoine
Les Architectes des Bâtiments de France
etc.

 

 

 

 

 

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