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Situé sur le plateau du Roumois entre Rouen et Pont-Audemer, le village de Rougemontier(s) tire son nom de Rubeum monasterium, attesté depuis le XIe siècle. L’église actuelle dédiée à saint Martin était à la nomination de l’abbé du Bec-Hellouin.

Située dans un enclos, elle est entourée du cimetière où se trouve un calvaire dont la base moulurée et le fût sont de forme hexagonale. Elle date pour ses parties les plus anciennes de l’époque romane : vestiges à la base des contreforts de la façade, du mur nord de la nef et de la tour-clocher. L’église comprend une nef  à vaisseau unique, un chœur à chevet plat légèrement désaxé vers le nord, le clocher prenant place entre ces deux parties

La nef, presque entièrement rebâtie au XIVe s., est précédée d’un porche en charpente hourdé en torchis, sur mur-bahut en maçonnerie de brique, qui n’est pas antérieur au XVIIe siècle ; le porche protégeait une Charité de saint Martin aujourd’hui abritée à l’intérieur de l’édifice. Le pignon découvert de la nef présente une maçonnerie en assises alternées de pierre de taille calcaire et de silex taillés, au centre de laquelle est ouverte une porte surmontée d’une niche vide, l’une et l’autre sont en arc brisé à mouluration en tore.

À gauche de la porte d’entrée on peut lire : L’AN MIL IIIIC XLIX (1449) LE DOUZEE AOUST – PRINST FUST LE PONT AUDEMER – PRIEZ DEFUNTS S MARTIN – JEHAN ROUSEL L’ESNE. Cette inscription évoque la prise de Pont-Audemer après plusieurs années d’occupation anglaise qui laissèrent la ville ruinée.

Les murs goutteraux de la nef sont en maçonnerie de moellons de silex noyés dans du mortier auquel la récente restauration a redonné sa chaude couleur ocre. Ils sont raidis à intervalles réguliers par des contreforts plats à un seul glacis. Chaque travée a été percée au XVIIIe s. d’une baie cintrée à encadrement de brique.

De plan carré, la tour est épaulée par de puissants contreforts plats, une corniche à modillons couronne le faîte de l’élévation. Sur trois faces, elle est éclairée par deux lancettes trilobées, la dernière face étant munie d’une étroite baie libre à encadrement rectangulaire simplement chanfreiné. Une élégante tourelle de brique adossée à la face sud donne accès à la chambre des cloches.

Le chœur a été reconstruit en appareil régulier où alternent assises de pierre de taille et assises de silex taillés, qu’épaulent des contreforts identiques à ceux de la nef. Il est percé au sud de baies en arc brisé dont les remplages ont disparu et au nord de baies cintrées. Le pignon découvert possède le même appareil régulier ; on notera la présence d’une étroite baie en lancette obturée et les masques sculptés au départ des rampants. Une sacristie à pans coupés lui est accolée ; édifiée en brique avec emploi de pierre de taille calcaire pour la corniche et les encadrements de baies, elle porte la date de 1729.

Seule la travée du clocher est voûtée : il s’agit d’une voûte d’ogives à moulures prismatiques. La nef est couverte d’une charpente apparente, simplement lambrissée avec couvre-joints moulurés, sans traces de décor peint. Le chœur est pourvu d’une voûte plâtrée sur lambris. Dotée d’un riche mobilier et de nombreuses statues, cette église possède un ensemble d’autels, autel majeur et autels latéraux, de la fin du XVIIIe siècle. Le chœur est meublé d’un ensemble de boiseries et stalles richement décorées de la première moitié du XVIIIe siècle.

Pour une restauration d’ensemble des maçonneries, couvertures, lambris de couvrement, la Sauvegarde de l’Art français a accordé une subvention de 38 112 € en 2001. À l’occasion de ces travaux, il a été possible d’observer la charpente de la nef : il s’agit d’une charpente médiévale à chevrons formant ferme encore en place.

É.W.

 

Bibliographie :

A. Canel, Essai historique, archéologique et statistique sur l’arrondissement de Pont Audemer (Eure), t. II, Paris, 1833 (reprint, Brionne, 1972).

M. Baudot, Nouvelles de l’Eure, n° 24, 1965.

Rougemontier, Eure : l’archipel de la mémoire, 2002.

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