Journée d’étude à Alençon : quel devenir pour nos églises?

Almenêches (61) - abbatiale Sainte-Opportune

Almenêches (61) – abbatiale Sainte-Opportune

Les journées Gérard Burel ont été voulues par Alain Lambert, président du Conseil départemental, pour rendre hommage à son prédécesseur, président de 1993 à 2007, en lui dédiant une journée biennale sur le changement d’usage des édifices patrimoniaux pour en assurer leur conservation.

Gérard Burel est en effet à l’origine de l’aménagement de la caserne du Quartier Lyautey[1] d’Alençon en vue d’accueillir les services du Conseil départemental.

Dans ce cadre, organiser une journée d’étude au sujet du devenir des églises était une évidence, tant leur avenir, en particulier dans les zones rurales, est menacé.

Alain Lambert a présenté ainsi l’objectif de la rencontre : « C’est un thème […] très délicat, nous en avons parfaitement conscience. Cela étant, face à des enjeux de cette importance, deux attitudes sont possibles. Soit on esquive cette question et on attend que le temps fasse son œuvre jusqu’à la ruine de nos joyaux architecturaux qui sont pour beaucoup les églises dans notre département et [à terme] risquer leur disparition.  L’autre solution est d’affronter le sujet difficile en l’examinant calmement, respectueusement, sans précipitation et dans le souci scrupuleux de rechercher le consensus entre tous. »

C’est selon cette méthode que la question a fait l’objet d’interventions variées parmi lesquelles celles de Benoît de Sagazan, rédacteur en chef du Monde de la Bible et créateur de Patrimoine en blog, qui effectue une veille attentive des églises en France. Nous avons pu aussi entendre Stéphane Créange et Marie Sémery du Ministère de la culture qui ont rappelé les conséquences de la désaffectation cultuelle. Bruno Morel, architecte et chercheur indépendant, Lise Aubert, conservatrice des Antiquités et Objets d’art en Seine-Maritime et Monseigneur Jacques Habert, évêque du diocèse et président du groupe de réflexion de la Conférence des évêques de France ont pu apporter des éclairages divers sur la question tandis que des exemples de différents usages d’églises sont venus émailler la réflexion.

Au représentant du Ministère de la Culture, le Président de la Sauvegarde de l’Art Français a demandé de faire part à Madame la Ministre de la Culture le souhait, partagé par beaucoup d’acteurs du patrimoine, que soit réactivée la Commission du patrimoine religieux présidée jusqu’alors successivement par Dominique Ponnau et Bruno Foucart.

Benoit de Sagazan a conclu la journée sur une note positive, rappelant que la question du devenir des églises se posait déjà dans les années 70, avec pour preuve un numéro de Connaissance des arts de 1971 comportant tout un dossier sur la question.

« Depuis 40 ans on peut se demander ce qu’il s’est passé au sujet des églises, s’est-il interrogé. Certains annonçaient à l’époque la disparition de 18 à 20 000 églises du paysage à la fin du XXe siècle. Il était possible de dire cela, certains disent aujourd’hui qu’il y en a entre 5 et 10 000 qui vont disparaitre dans les 30 ans qui viennent.

Mais c’est aussi faire preuve d’un certain manque de confiance. Cette table ronde très riche nous comble de bonne nouvelles. Une des plus importantes est donnée par Monseigneur Habert qui nous a annoncé à travers le groupe de réflexion qu’il anime avec ses frères évêques ce profond désir de l’Église d’entrer en dialogue avec les élus, avec le monde de la culture, avec les association patrimoniales et avec les fidèles […]. Il y a là l’amorce d’une véritable impulsion qui sans doute sera profitable à nos églises ».

invitation-Journée BurelEt face à l’immensité de la tâche, aux nombreuses questions que pose le sujet délicat du devenir des églises, c’est uniquement dans le dialogue bienveillant, a-t-il rappelé, que de bonnes solutions pourront être trouvées.

Il a conclu que l’on n’avait peut-être de moins en moins de prêtres et de pratique religieuse mais qu’on n’a jamais restauré autant d’églises en France qu’aujourd’hui.

« Les marques de confiance on en a aujourd’hui avec Olivier de Rohan lorsqu’il arrive à mobiliser des jeunes des écoles de Sciences Politiques pour faire l’inventaire des œuvres que recensent nos églises, pour les faire réapprendre et finalement les faire parler à nouveau. Mais aussi avec le sondage de Bruno Morel après de 450 jeunes aux résultats inespérés : ils veulent des églises qui aient du sens, libres d’accès et gratuites. […] Donc mettons nous a l’école d’Alençon écoutons-nous et faisons confiance. Rien n’est dit et tout reste à faire. »

Pour en savoir plus sur la journée Burel 2016 : rdv sur Orne.fr

[1] Construite en 1870 pour abriter un régiment de cavalerie, elle est occupée par un régiment de Dragons puis de hussard avant d’être vendue en 1990 au Conseil général par le ministère de la Défense.

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