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Prix Trévise : la fabuleuse histoire de Pierre-Ronde

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L’association de sauvegarde de l’église de Pierre-Ronde, dans l’Eure, s’occupe depuis plus de vingt ans de la restauration de ce petit édifice perdu dans les prairies normandes. Un projet mené de façon exemplaire, que la Sauvegarde de l’Art Français a désiré récompenser par la remise du Prix Trévise, d’un montant de 5 000 €.

Frédéric Epaud, président et fondateur de l’association, chercheur au CNRS, a accepté de répondre à nos questions.

Comment est né le projet de restauration de l’église de Pierre Ronde ?

« C’était en 1992. J’ai découvert au hasard d’une promenade l’église en ruine. Les toits étaient crevés et son état était tel qu’elle apparaissait comme ruinée, même sur les cartes ! Cette église m’a tout de suite plu et j’ai recherché le propriétaire. Je me suis renseigné auprès de la mairie, j’ai mené une enquête mais personne ne semblait connaître le possesseur de la chapelle.

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L’église en 1993.

J’avais 20 ans et je voulais faire quelque chose pour cette église. Elle se dégradait très vite à cause des trous béants des couvertures. Alors, avec quelques amis, nous avons pris sur nous de recouvrir le toit avec des bâches, pour la protéger en attendant mieux.

Puisque le propriétaire n’était manifestement pas intéressé par cette église, je pensais qu’il fallait qu’elle retombe dans le domaine public (elle avait été vendue par la commune dans les années 60). Cela nous permettrait de toucher des subventions et de monter des chantiers de bénévoles, de créer une association.

Mais pour cela, il fallait retrouver le propriétaire. Je n’avais qu’un nom. J’ai pris l’annuaire et téléphoné à tous ceux qui portaient ce nom dans toute la France. Ce fut très long, mais j’ai eu la chance de tomber sur le fils de l’ancien propriétaire, qui lui était mort depuis plusieurs années dans des conditions misérables à Paris. Il laissait des dettes et cette chapelle. Le fils, enthousiasmé par notre projet, a accepté de toucher l’héritage et de vendre la chapelle. Mais il fallait encore convaincre la mairie de l’acheter ! Elle possédait déjà une église, elle avait elle-même vendu Pierre-Ronde car elle ne servait pas. Il a fallut convaincre le conseil municipal de l’intérêt de ce projet.

Finalement c’est grâce à Mademoiselle Roux, qui était maire à l’époque, que la transaction a pu s’effectuer. Elle a elle-même fait don à la commune de la somme de 5 000 frs qui permettait de la racheter. A partir de ce moment-là, tout a été très vite. L’association a été créée, et un premier chantier de bénévoles a été organisé dès 1994. »

Beaumesnil (27) - Eglise Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Pierre-Ronde - La Sauvegarde de l'Art Français

L’église en 2008

Beaumesnil (27) - Eglise Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Pierre-Ronde - La Sauvegarde de l'Art Français


Et comment fonctionne votre projet de restauration ?

« Nous travaillons essentiellement avec des bénévoles, que nous recrutons par le bouche à oreille. Il s’agit d’étudiants en histoire de l’art, en architecture, en archéologie ou autre, qui viennent de Rouen, Tours, Rennes ou Paris. Ceux qui ont participé aux chantiers sont revenus et ont souvent ramené des amis avec eux. Parfois, si besoin en était, nous faisions des appels à l’université, où j’enseigne.

D’un point de vue financier, les chantiers ont tous été financés par la Direction régionale et départementale de la Jeunesse et des sports d’une part et par la Conservation régionale des Monuments historiques d’autre part, dans le cadre des chantiers de jeunes bénévoles. L’église n’est pas protégée, nous n’avons pas eu d’autres subventions mais celles-ci ont été suffisantes pendant des années car nous travaillons par petites étapes, nous-mêmes et n’avions que peu de frais de matériaux.

 Beaumesnil (27) - Eglise Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Pierre-Ronde - La Sauvegarde de l'Art Français Beaumesnil (27) - Eglise Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Pierre-Ronde - La Sauvegarde de l'Art Français  Beaumesnil (27) - Eglise Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Pierre-Ronde - La Sauvegarde de l'Art Français

 

Beaumesnil (27) - Eglise Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Pierre-Ronde - La Sauvegarde de l'Art Français Beaumesnil (27) - Eglise Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Pierre-Ronde - La Sauvegarde de l'Art Français  Beaumesnil (27) - Eglise Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Pierre-Ronde - La Sauvegarde de l'Art Français Beaumesnil (27) - Eglise Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Pierre-Ronde - La Sauvegarde de l'Art Français

 

La commune ne participait pas, au début. C’était une des conditions du rachat de l’église : l’association devenait maître d’œuvre pour tous travaux de restauration et d’entretien pour un bail de 15 ans et en avait la responsabilité entière.

Mais depuis quelques temps, la commune a décidé de nous offrir le gîte, ce qui est précieux car c’est très coûteux pour nous.

Nous avons commencé par nous occuper des urgences : la couverture, les charpentes, puis les maçonneries, le clocher en essentes…, Maintenant nous nous attaquons à l’intérieur, ce qui nécessite l’intervention d’une restauratrice en peintures murales. »

Comment avez-vous accueilli la nouvelle du prix Trévise ?

Beaumesnil (27) - Eglise Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Pierre-Ronde - La Sauvegarde de l'Art Français« Nous en avons été enchantés ! Nous y avons vu la reconnaissance de notre travail. Depuis le début, nous souhaitons faire une restauration de qualité, respectueuse des matériaux anciens, appuyée sur une étude rigoureuse de l’édifice, d’un point de vue historique, archéologique et technique.

La dimension pédagogique de notre projet est aussi très importante pour nous. En plus de de la restauration de l’église, nous avons réaménagé l’environnement immédiat en plantant des pommiers et des haies. Beaucoup de jeunes que nous accueillons sont devenus des personnalités dans le milieu du patrimoine culturel : trois sont devenus ingénieurs des Monuments Historiques, un conservateur, deux architectes du patrimoine et bien d’autres artisans.

Beaumesnil (27) - Eglise Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Pierre-Ronde - La Sauvegarde de l'Art FrançaisCette reconnaissance est d’autant plus précieuse que nous avons appris que cette année, la DRAC a décidé de ne plus financer les chantiers de bénévoles sur des édifices non protégés. C’est très ennuyeux pour nous, et le prix Trévise est aussi précieux d’un point de vue financier, pour nous aider à continuer. »

Le prix Trévise sera officiellement remis à l’association de sauvegarde de l’église de Pierre-Ronde en juin 2017.

Pour découvrir l’église

Pour découvrir l’association

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Le prieuré de Mayanne, un trésor en Sarthe

Dangeul (72) prieuré de Mayenne - photo Jürgen Klötgen

Vue aérienne

Un monument à sauver :

LA CHAPELLE DE L’ANCIEN PRIEURÉ DE MAYANNE

par Jürgen Klötgen

 

 

            L’ancien Prieuré de Mayanne en Dangeul (Sarthe), se situe au centre d’une riche plaine agricole à mi-chemin entre Le Mans et Alençon, l’antique pays de Saosnois, en lisière du Perche, un territoire frontalier jadis âprement disputé entre le Maine et la Normandie. Le site domine le versant nord de l’Orne Saosnoise, un affluent de la Sarthe non loin de là.

Fréquenté depuis un temps immémorial – de temps à autre les labours des environs livrent tel silex du néolithique, tel tesson de céramique romaine ou médiévale – Mayanne n’apparaît cependant dans l’histoire écrite qu’à la fin du XIe siècle.

Contexte historique

 

    À cette époque du dernier quart du XIe siècle, d’incessantes actions guerrières agitent toute la contrée ; sur place même, une importante bataille opposera en 1098 le comte du Maine Hélie de la Flèche à Guillaume le Roux, roi d’Angleterre battu à Dangeul avec 5000 hommes ; peu après cependant, Hélie sera fait prisonnier, par ruse, dans les épais fourrés des environs de sa forteresse de Dangeul, envoyé en captivité dans la « grosse tour de Rouen » et amené à faire allégeance au roi d’Angleterre. Les conséquences quelque peu méconnues de cet événement auront leurs répercussions en Europe jusqu’au XVIe siècle. Henri Ier, successeur de Guillaume le Roux au trône d’Angleterre, laissera au début du XIIe siècle à Hélie la maîtrise incontestée du Maine et ne s’opposera pas davantage au mariage de sa belle héritière Aremburgis « qui tint le Maine » (comme disent les poètes, de Villon à Brassens) avec le jeune Foulque d’Anjou, le futur roi de Jérusalem. Et en 1126, le Maine sera réuni à l’Anjou. Henri II Plantagenêt, petit-fils à la fois de Foulques d’Anjou et du roi d’Angleterre Henri Ier, héritera ainsi de la forteresse de Dangeul à titre patrimonial par son père Geoffroy le Bel et de la suzeraineté sur ces lieux (à l’exception de la terre des moines voisins) par sa mère Mathilde – veuve en premières noces de l’empereur d’Allemagne Henri V et héritière du trône d’Angleterre. Signalons simplement que la place-forte de Dangeul continuant, après le déclin continental de l’empire manceau-angevin des Plantagenêts, de jouer un rôle de bastion avancé du comté du Maine, prise à nouveau pendant la guerre de Cent Ans par un Henri V d’Angleterre en 1416, sera démolie au XIXe siècle et ne laissera pas même quelque belle ruine.

Dangeul (72) prieuré de Mayenne - photo Jürgen Klötgen

Vue du sud-ouest

Au tréfonds de ces temps de batailles, luttes incessantes et embrouilles que nous venons d’évoquer, nous relevons un événement insolite qui mérite d’être conservé dans les annales monacales de la contrée. En 1096, afin de détourner plus à propos la ferveur des belligérants, papa Urbanus partes occidentales sua presentia illustravit : le pape Urbain II vient à la suite du concile de Clermont appeler la chevalerie de la région à prendre la croix. Parmi les nombreux chevaliers du Maine prêts à répondre à l’appel et prendre le départ pour défendre les Lieux Saints lors de cette première « croisade », treize nous sont encore connus nommément. Deux d’entre eux sont directement liés à l’histoire du futur prieuré de Mayanne : le chef de l’expédition, Guillaume, fils du vicomte du Maine Geoffroy de Beaumont et le chevalier Payen de Chevré, installé sur une terre du fief de Mayanne.

Avant de partir, Guillaume fera alors sensation en donnant son héritage et son église de Dangeul (qui était alors une église privée) « avec tous les habitants du cimetière » aux moines de l’abbaye Saint-Vincent du Mans ; d’un geste très-symbolique, devant de nombreux témoins, l’évêque du Mans confirma le don en déposant entre les mains de l’abbé de Saint-Vincent « le bâton doré de prélat ».

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Les possessions de l’abbaye devaient se consolider encore, lorsque, peu de temps après, Hugues d’Asnières fit don de sa chapelle seigneuriale et son franc alleu noble de Mayanne. Le donateur avait été soupçonné de vouloir par la construction de cette chapelle – en prélude sans doute à une église paroissiale privée – subrepticement mettre en place (in terra sua) les préliminaires d’un nouveau bourg concurrentiel des moines ; la donation de la chapelle et de sa terre allodiale (c’est-à-dire, tenue en toute souveraineté) est alors intervenue – concordia facta – comme l’acte mettant fin à une procédure en cours par un accord amiable. La transaction solennelle avec l’abbé de Saint-Vincent s’effectua en présence de l’évêque Hildebert de Lavardin, évêque réformateur et l’un des plus brillants intellectuels de l’époque. Il est possible – cela restant en l’état actuel une hypothèse que le transfert de propriété ait eu pour conséquence l’abandon partiel de travaux projetés, suivi d’une modification/réduction raisonnée du tracé.

La donation devint effective après la mort du donateur et avec l’assentiment préalable de ses filles (cf Cartulaire Saint-Vincent, Le Mans). La chapelle figurera dans le Ms authentique du privilège papal en faveur de l’abbaye Saint-Vincent délivré par Innocent III en 1204, en confirmation de celui d’Eugène III de 1153 (Reg.Vat. n°5-184). Toutefois la mention fera défaut dans la copie Gaignières de la fin du XVIIe s., déposée à la BnF. Toujours est-il que les bénédictins de Saint-Vincent par-delà toutes les vicissitudes de l’Histoire se réserveront dans les baux accordés à leurs fermiers généraux une chambre haute au principal logis ainsi que la chapelle, jusqu’à leur dissolution à la fin de l’ancien régime.

*

Dès le XIIe siècle, l’abbaye établira ici le chef-lieu de ses nombreuses possessions, réparties sur plus d’une vingtaine de communes du pays de Saosnois. Des sept bâtiments constituant aujourd’hui le site de l’ancien prieuré de Mayanne, cinq sont attestés sur le cadastre ancien, formant un ensemble médiéval exceptionnel classé MH.

L’établissement avait pour vocation de répondre à trois principales fonctions : économique, seigneuriale, religieuse. Ces trois fonctions s’incarnent encore sur le site en trois bâtiments représentatifs majeurs, un tant soit peu préservés par pure grâce de la hache des démolisseurs, comme des catastrophes naturelles et grosses injures des temps : le parfaitement original logis-halle (un ensemble de grange dîmeresse avec logis de type seigneurial intégré) ; l’ancienne Aula ou grand-salle seigneuriale ; et enfin : l’ancienne chapelle romane.

 

Trois édifices majeurs

 

Une grange dîmeresse de type logis-halle

Dangeul (72) prieuré de Mayenne - photo Jürgen Klötgen

Vue est de l’ancien logis-halle

Ce bâtiment, en grand péril, est constitué d’une structure sur poteaux de bois créant un vaste volume d’environ 25 x 14 m, compartimenté en 4 travées de dimensions impressionnantes, grâce à des entraxes poussés jusqu’aux limites de rupture des matériaux. La charpente, adoptant le principe de chevrons-porteurs sur faux-entraits et pannes, des années 1450 (d.), est à ce jour le plus ancien spécimen daté de ce type. « L’analyse archéologique, confirmée par la dendrochronologie, souligne la contemporanéité de l’ensemble » (Rapport J.-Y. Hunot / D. Prigent, 1912). Destiné dès sa conception à abriter sous un même vaste toit un logis de type seigneurial – à trois niveaux, avec cheminées, fenêtre à meneau et coussièges (côté sud) –, une halle centrale – d’une exceptionnelle ampleur et légèreté à la fois – ainsi qu’un volume ancillaire (au nord), cet édifice, s’apparentant aux logis de type Hallenhaus bas-allemand, est en l’état actuel des connaissances un modèle recensé comme unique en France de l’ouest.

 

L’ancienne Grand-Salle (Aula)

Dangeul (72) prieuré de Mayenne - photo Jürgen Klötgen

Vue du sud-ouest de l’aula

Bâtiment le plus imposant par son volume, classé déjà au titre des Monuments historiques depuis 1984, l’ancienne Grand-Salle est un édifice de plan rectangulaire de 18 m 75 x 12 m 70 hors-œuvre doté de contre-forts saillants ; son tracé de 16 x 10 dans œuvre est réglé selon les proportions phi (« nombre d’or »). Son orientation remarquable selon les solstices Saint-Jean / Noël, se place sur un axe perpendiculaire au bâtiment : Mont-Saint-Michel (ponant) / Terre Sainte (levant). Cette grande-salle seigneuriale – érigée au XIIe s. sur rez-de-cour, à vocation multiple – forma probablement à l’origine un vaste volume montant sous charpente. Elle sera plafonnée, recevra un étage de prestige et sera dotée d’une superbe charpente à chevrons formant ferme vers 1500-1503 (d.) par le cardinal Philippe de Luxembourg, abbé-réformateur de l’abbaye Saint-Vincent et tout direct seigneur de Mayanne à l’époque.

L’ancienne chapelle romane

La chapelle forme le noyau le plus ancien du site. Symbole bien mal traité par les hommes qui détruisent plus que les temps : de cet ensemble médiéval remarquable elle demeurera tant bien que mal toujours la raison d’être. Aussi, objet d’une donation seigneuriale consignée dans un cartulaire de l’abbaye bénédictine à la fin du XIe siècle, elle finira bien de par les siècles à livrer au temps actuel ses quelques marques dernières de noblesse.

Construite de moellons savamment assisés en mode d’opus spicatum – c’est-à-dire en « forme d’épis » plutôt qu’à la manière d’« arêtes de poissons » comme l’aime à divulguer le vernaculaire – le chœur se prolonge par la nef vers l’ouest ; percé jadis de trois étroites fenêtres – auxquelles faisait face la baie occidentale – il se devait d’être voûté. Une piscina – servant à l’écoulement en puits perdu des résidus des objets bénits et des eaux de purification ayant servi au célébrant – témoigne encore des usages liturgiques du sanctuaire. Introduite dans l’architecture sacrée seulement au XIIe siècle, cette installation pratiquée dans le mur côté sud-est de l’abside ne peut visiblement dater de l’origine de l’édifice. Si durant le Moyen âge les blessures seront certes légion – l’Anglais s’installera dans les lieux en 1425 – elles seront patiemment pansées, souvent avec le remploi des mêmes matériaux, et le plan de l’espace sacré restera obstinément fidèle à son projet d’origine.

Dangeul (72) prieuré de Mayenne - photo Jürgen Klötgen

Chapelle, côté sud

Au XVIe siècle, un petit logis prioral vient s’adjoindre au mur nord de la chapelle qui se verra durant les siècles suivants réduire son espace sacré à la portion congrue : un mur de remplissage séparera le chœur de la nef entraînant dans sa suite cloisons légères et planchers flottants. Après la vente de l’ensemble du site en 1792 comme Bien national « de peu de valeur » – produisant plus à la troisième bougie que l’estimation initiale n’avait laissé espérer – l’antique toiture en bâtière se verra en compagnie de sa vieille couverture d’ardoises épaisses, mises en œuvre en pose brouillée et à pureaux décroissants sur l’abside, remplacée au XIXe siècle naissant par une charpente de bois recyclés, en forme de pavillon, couverte de tuiles mécaniques de Bourgogne, d’ardoises d’Espagne et de tuiles plates du pays.

Une divine surprise

 

Il semble que Barrès dit quelque part : « il est des lieux où souffle l’esprit » et tel regard pénétrant de la chapelle de Mayanne de compléter : « ce monument en est un » et de lui-même le démontrera le jour où sous une couche de vieux mortier fissurée, éclatée, soudain un monument surprenant se révèle … un « trou », rempli de sable fin, trace discrète d’une pointe de piquet taillée au carré, piquet fiché en terre argileuse, séchée maintenant ; le sable, afin d’en conserver la mémoire devait empêcher le mortier encore frais de s’y engouffrer. Trace matérielle et réminiscence symbolique de l’acte fondateur consistant à planter un piquet ou pieu en terre à partir duquel se développe le programme de construction projetée ; l’orifice central du cercle directeur, « comme il est de coutume » aura inauguré l’élaboration, l’élévation en hémicycle et l’orientation de l’abside romane ; l’ancien pied romain de 29,5 cm, très à l’honneur à l’époque carolingienne, le restera jusqu’au XIIe siècle. La trace oubliée de l’acte fondateur nous semble mériter respect, conservation et mise en valeur.

L’émouvante empreinte, d’une insigne rareté, gisant dans le sol sous sa couche de mortier à chaux et à sable, nous livre la mesure du rayon du cercle de construction en pieds romains : 3 x 3 pieds, le programme d’un espace sacré. Décliné ensuite dans l’ensemble de l’édifice, le module en articule par des rapports de grandeurs simples les différentes parties : la longueur totale de l’espace chœur + nef mesurant 36 pieds (12 x 3), ou : 24 coudées (8 x 3). Lumineux de simplicité et d’harmonie, l’arc triomphal – entièrement obstrué par un mur parasite soutenant des planchers en fin de vie et séparant le chœur de la nef – révèle un entraxe équivalent au diamètre du cercle directeur : 18 pieds (6 x 3), ou 12 coudées (4 x 3) ; la hauteur de ses piédroits jusqu’à la naissance de l’arc en partie disparu est de : 9 coudées (3 x 3) ; la hauteur de l’arc restitué par une logique géomètre : 6 coudées (2 x 3 ) ; hauteur totale de l’arc triomphal : 9 coudées + 6 font 15 coudées, ou 5 x 3. La marge d’erreur est de < 1%. Conclusion : 2 x 3 ; 3 x 3 ; 4 x 3 ; 5 x 3 ; 6 x 3 ; 8 x 3 ; 12 x 3 … ; d’art sacré le sens voilé de l’œuvre se livre à nous dans la langue symbole, rythme et musique de ses nombres ; et nous redécouvrons qu’avant d’être construite, elle est pensée.

Dangeul (72) prieuré de Mayenne - photo Jürgen Klötgen

Vue de l’intérieur de l’abside. Sous la bougie, le point central

En guise de conclusion

 

Josselin, la chapelle d’abord

 

Peu nombreuses sont les sources qui nous enseignent que, loin d’être solitaire, le geste créateur du bâtisseur roman se fête en société. Moine mauriste, Dom Lobineau rédigeant à l’abbaye de Saint-Vincent du Mans sa bénédictine Histoire de Bretagne (1707), nous transmet un manuscrit fort original et rare, tiré du cartulaire de l’abbaye Saint-Sauveur de Redon, déposé aujourd’hui aux archives de l’évêché de Rennes : le geste fondateur du château de Josselin. Il est vrai, d’aucuns disent qu’il s’agit sans doute d’un « faux » ; c’est oublier que pour rendre crédibles des actes faux, leurs auteurs les nourrissent habituellement de quantités d’évidences pour le commun. Ainsi en est-il du sujet qui nous intéresse dans le récit de Redon.

Vers les débuts du XIe siècle, un vicomte Guethenoc, décide de déplacer sa place-forte en meilleur endroit ; seul le plus propice des sites lui convient ; le statut foncier, hélas, révèle quelques prérogatives seigneuriales de l’abbaye à l’endroit de cet emplacement de choix où s’élèvera pour des siècles le futur château de Josselin. Comme tout « bon gentilhomme breton » qui se respecte, il s’en va à l’abbaye consulter les moines et demander leur conseil. Il en résulte : si le château doit durer 1000 ans, il faut de fait le construire sur un roc ; et le roc, c’est le Christ. Ainsi, un dimanche s’ensuivant, Guethenoc sans trop tarder se rend sur place « à la première heure », c’est-à-dire à midi, en grand apparat, entouré de toute sa cour pour la grande cérémonie au sein d’une riche assistance. Et voilà qu’intervient l’acte solennel rapporté par le manuscrit de Redon, le geste que tout le monde connaît en ce temps-là et qui, pour être crédible n’est assurément pas un faux : « fichant le piquet en terre, comme il est de coutume, au sein du château à édifier, il fonda la chapelle ».

 

Jürgen Klötgen

 

 

 

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Les fresques de Saint-Méard-de-Drône (Dordogne)

Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard

crédit photo : Association Saint-Méard Patrimoine

Saint-Méard-de-Drône est une commune de moins de 500 habitants située en Dordogne. Elle compte parmi ses monuments une petite église romane remaniée à différentes reprises au cours de son histoire et inscrite au titre des Monuments Historiques depuis 2000. Elle mesure 23 mètres sur 7 et atteint 12 mètres de hauteur. La Sauvegarde de l’Art Français lui a accordé 12 000 € pour des travaux de gros œuvre en 2015 (en savoir plus).  Deux années plus tôt, une campagne de restauration est menée, mettant à jour plus de 60m2 d’un ensemble de fresques exceptionnel unique en Périgord.

En 1999, une plaque d’enduit du badigeon XIX ème se détache de la voûte du transept et révèle un fragment de décor peint. Piquée de curiosité, la commune fait réaliser des sondages qui dévoilent alors l’existence d’un ensemble de fresques allant de 300 à 400m2 décorant l’intégralité de l’église : de la première travée jusqu’au chevet. En 2013 la restauration menée par Didier Legrand de l’Instituto Centrale per il Restauro de Rome découvre 60m2 de fresques (seuls l’abside et le chœur ont pour l’instant pu être restaurés) présentant un corpus exceptionnel de huit scènes :

Christ en Salvator Mundi entouré du tétramorphe (cul-de-four de l’abside) :

Le Christ paré d’un manteau écarlate bénit l’assemblée depuis son trône. Il est entouré du tétramorphe : les quatre évangélistes sous leur forme animale. Ils tiennent chacun un phylactère portant leurs noms.

Le Jugement Dernier (voûte de l’abside) :

Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard

crédit photo: Association Saint-Méard Patrimoine

Cette grande scène se divise en trois parties. La première est consacrée d’un côté aux damnés et à l’enfer tandis que l’autre présente le paradis des élus. La pesée des âmes a lieu à la conjoncture de ces deux scènes. Du côté de l’enfer, un ange annonce avec son instrument de musique l’heure du Jugement Dernier. Un phylactère s’en déplie portant l’inscription   « Ite, maledicti, in ignem eternum» signifiant «Allez les maudits, dans le feu éternel ! ». Conformément à cette injonction, un démon ailé au corps de batracien entraine un homme vers les flammes de l’enfer en tenant un pied dans sa gueule. En dessous, le Léviathan à la gueule grande ouverte, engloutit les âmes que lui apportent d’autres démons dans une charrette.

A la conjoncture du bien et du mal se trouve la pesée des âmes menée par l’Archange saint Michel  cuirassé. D’une main il tient une croix et de l’autre la balance. Le démon, bien que terrassé, tente tout de même d’influencer le jugement de la balance en tirant vers lui la coupe tenant une âme.

Enfin, la dernière partie de ce grand Jugement Dernier est l’accueil des âmes des élus au paradis. Saint Pierre représenté jeune et sans barbe a les clefs en main et se tient devant la Jérusalem céleste. Il invite les bons catholiques ayant passé l’épreuve de la pesée à entrer à ses côtés. Les âmes sont représentées par des corps nus et dans le fond de la scène les morts ressuscitent et sortent progressivement de leurs tombes. Un phylactère est à nouveau représenté, celui-ci dit « Venite benedicti patris mei » : « Venez à moi les élus de mon Père ».

Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard

 

La Cène (registre inférieur sud de l’abside) :

Le dernier repas de Jésus est représenté ici. Il est attablé, entouré de ses disciples pour son dernier repas terrestre. Cette composition est très abimée mais l’attention portée aux détails reste visible comme avec Judas représenté debout tenant une bourse, fruit de sa trahison.

Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard

crédit photo: Association Saint-Méard Patrimoine

L’entrée dans Jérusalem ou l’arbre de Zachée (registre inférieur nord du chœur) :

Cette fresque synthétise deux épisodes de la vie du Christ : l’entrée de Jésus dans Jérusalem, monté sur une ânesse et son petit le jour des rameaux¹. Un homme (presque effacé) au pied de la tour étale son vêtement à terre. Au-dessus de ce fidèle, un petit homme est monté dans un arbre afin de mieux voir le Christ. Il s’agit de Zachée, le publicain repenti².

Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard

crédit photo: Association Saint-Méard Patrimoine

Saint Médard et sainte Radegonde  (registre inférieur nord de l’abside) :

Saint Médard³ serait représenté au premier plan tenant sa crosse d’évêque. Dans le fond, une femme s’avance tenant une couronne et un reliquaire. Il pourrait s’agir de sainte Radegonde, épouse du roi Clotaire, qui implora l’évêque de lui retirer sa charge de reine afin de la consacrer à la vie religieuse. Elle tend donc vers le saint sa couronne qu’elle ne veut plus assumer et tient dans l’autre main un reliquaire. Cette scène est également très lacérée ce qui nuit à sa compréhension globale.

Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard

crédit photo: Association Saint-Méard Patrimoine

Le martyre de Saint Barthélémy (registre inférieur sud de l’abside) :

Saint Barthélémy est mort en martyr d’une cruelle manière : il a été écorché vivant. Un des personnages arrache la peau du bras du saint maintenu sur une table par ses bourreaux. Le personnage assis sur le sol prend même appui sur l’un des pieds de la table afin de mieux pouvoir tirer la peau. Cette scène a également été lacérée.

Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard

crédit photo: Association Saint-Méard Patrimoine

Ce corpus de fresques est d’une grande clarté et permet aujourd’hui encore une excellente compréhension malgré les manques. Rappelons que les peintures murales étaient réalisées à la gloire de Dieu mais aussi dans une portée pédagogique pour les habitants du village¹¹. Pour faciliter l’intégration du message, les artisans ont su donner à leurs figures un très grand dynamisme et un soin du détail certain. Notons le choix stratégique du placement des scènes. Le message est évident : si les hommes ne se convertissent pas et mènent une vie de pécheur comme Zachée avant sa repentance, ils iront en enfer et, suivant cette logique, la scène située au-dessus est le Léviathan dévorant les âmes damnées.

Bien que les couleurs soient variées et éclatantes, la priorité à Saint-Méard a d’avantage été mise sur le trait. Les formes ont d’abord été tracées pour ensuite être remplies de couleurs. La fillette sortant de son tombeau dans la scène des élus au paradis en est un bon exemple.

Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard

crédit photo : Association Saint-Méard Patrimoine

L’artiste l’a représentée de trois quart et a réussi grâce à une ligne habilement menée à lui donner une grande innocence teintée de la surprise d’être élue de Dieu. Ici, comme sur l’ensemble du bâtiment, la ligne prime certainement sur la couleur. Les figures sont toutes très gracieuses avec des gestuelles bien pensées et un mouvement propre que seule une ligne bien exécutée peut procurer. Malheureusement, aucun document ne parle de l’identité du fresquiste. La plupart des fresques de l’époque ayant disparues, il est difficile d’établir des comparaisons. Un foyer d’artisans était sûrement installé dans la région puisqu’autour de 1500 les chantiers se multiplient : les finances se rétablissent car la Guerre de Cent Ans (1337-1453)  est enfin finie, les fidèles s’animent d’une volonté iconophile et les églises sont couvertes de peintures murales.

 

Quelle datation pour ces fresques ?

Aucun document permettant de dater ces fresques n’a pu être trouvé, cependant en analysant bien les différentes scènes, plusieurs indices tendent vers le premier quart du XVIème siècle.

Les fresques sont forcément antérieures à 1562. Cette année-là, les églises du Périgord ont en effet été victimes de la fureur iconoclaste des protestants faisant suite au massacre de Wassy²² (1er mars 1562). Les Réformés considèrent toutes représentations du Nouveau Testament comme blasphématoires. Ils se sont donc efforcés de détruire ces scènes. Cela explique les dommages constatés sur la Cène, saint Médard et sainte Radegonde, le martyre de saint Barthélémy et L’entrée dans Jérusalem. Les protestants, armés de pioches et de fourches ont frappé les murs de toutes leurs forces pour détruire les images. N’y parvenant que partiellement, ils les ont ensuite enduites de chaux afin de les masquer. Les sillons parallèles creusés par les dents de la fourche et les trous des pioches sont facilement reconnaissables.

Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard

crédit photo : Association Saint-Méard Patrimoine

Dans leur volonté de détruire ils nous ont finalement permis de sauver ce patrimoine artistique. Effectivement, les fresques de cette époque sont réalisées avec des enduits naturels se conservant très mal. Il est important de savoir que la grande majorité des églises de cette période étaient couvertes de peintures murales ou de fresques³³, comme à Saint-Méard. Mais seules quelques trop rares exceptions sont parvenues jusqu’à nous aujourd’hui. Certaines ont disparu pour être remplacées par des ensembles plus modernes au goût du jour selon les époques mais la plupart se sont naturellement altérées jusqu’à disparaître à cause des dommages du temps. Si Saint-Méard les conserve, c’est grâce à la chaux enduite au XVIème siècle qui a non seulement protégé les fresques des siècles qui passent mais aussi protégé de la folie des hommes. Les restaurateurs ont judicieusement choisi de ne pas remédier à ces lacunes qui ont pourtant abimés les fresques. Elles sont en effet devenues une trace archéologique unique dans la région de ces destructions sauvages de 1562.

Procéder par analogie avec d’autres œuvres dont les origines sont plus certaines permet aussi de dater ces fresques en comparant par exemple le costume de l’homme de gauche provenant de Saint-Méard, avec ce personnage illustrant l’une des pages des Très riches heures du Duc de Berry, ouvrage réalisé entre 1410 et 1485 par les frères Limbourg puis un anonyme et enfin Jean Colombe.Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard Ils portent tous deux une chemise longue ainsi que des braies et sont coiffés d’une cale. Les très riches heures du Duc de Berry sont une commande princière. C’est à la cour et chez les aristocrates que la mode se créée. Le temps que la tendance se diffuse jusqu’à Saint-Méard-de-Drone, petit village d’Aquitaine, les années ont passé. Si ces deux personnages portent un costume pourtant contemporain, une cinquantaine d’années sépare sûrement ces deux dessins ce qui conforte donc l’hypothèse de datation.

 

 

Quel commanditaire pour ces fresques ?

Rappelons que Saint-Méard est et a toujours été une petite commune. Jamais l’église n’aurait pu autofinancer un tel chantier. Il faut donc chercher du côté des notables de la région. L’église et ses fresques nous donnent une information sur l’identité de ce généreux donateur : un blason (sur la colonne à côté de la Cène) presque entièrement effacé mais sur lequel on arrive tout de même à voir trois formes disposées en triangle, la pointe vers le bas. Plusieurs seigneurs se partagent les terres entourant Saint-Méard. Parmi eux, il y a les Mellet dont le blason est similaire.  « D’azur à trois ruches d’argent ». Ces trois ruches forment un triangle, pointe vers le bas, comme celui représenté à  Saint-Méard. Cette famille réside au château de Saint-Pardoux-de-Drône (actuel château de la Tuillière situé à 3,5km de Saint-Méard) et dépend donc du village portant le même nom. Pourquoi un seigneur de Saint-Pardoux n’a-t-il pas plutôt investi son argent dans sa paroisse ? D’après les archives, il a épousé en secondes noces Hélène de Patouil, Dame de Saint-Méard. Sachant que plusieurs seigneurs se disputent les terres, il est possible que Jean de Mellet dans une démonstration de force ait voulu décorer la paroisse de ses rivaux avec ses propres armoiries. Ou alors, et c’est un acte moins revanchard, Mellet a peut-être voulu faire plaisir à sa jeune et pieuse épouse en finançant le décor de son église natale. Le testament de Jean de Mellet a été rédigé en 1547, une commande au début du XVIème siècle pour ces fresques est donc probable.

Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-Méard

 

Quelle iconographie pour le reste des fresques ?

Seulement 60m2 ont été mis à jour, environ 300m2 sont toujours à restaurer dans la nef. A plusieurs endroits les chercheurs ont sondé les murs. Ils ont notamment relevé un personnage enveloppé dans un manteau rouge et tenant une grande croix. Il tend la main vers une silhouette visiblement nue  qui n’a pas encore été dégagée. En procédant à nouveau par analogie avec d’autres scènes de l’histoire de l’art, une identification de l’iconographie est possible. Il s’agit d’une descente aux limbes de Jésus Vendredi Saint, le jour de sa mort. Saint-Méard-de-Drône (24) - église Saint-MéardEntre le purgatoire, les enfers et le paradis, les limbes sont l’endroit ou restent bloquées les âmes depuis le temps du péché originel. Le Christ est venu les sauver et leur montrer le chemin du paradis. Voici quelques œuvres traitant le même sujet¹¹¹. Ces quatre représentations reprennent la même iconographie, le manteau rouge, la grande croix portée en étendard et surtout cette main du Christ tendue vers les âmes qu’il est venu délivrer.

 

 

 

La peinture murale de la fin du Moyen-Age ne s’attache pas à représenter des scènes isolées mais conçoit plutôt des cycles complets. Dans cette église, le thème serait un grand Jugement Dernier. Un nouveau chantier de restauration est prévu pour le printemps 2017.  Les fresques de la nef seront à leur tour dégagées et restaurées et continueront donc de nous délivrer peu à peu les mystères de Saint-Méard-de-Drône, à suivre…

Crédit texte : Pauline de Poncheville

 

Crédit photos: Association Saint-Méard Patrimoine

¹ (Mathieu XXI, 1-11)
² (Luc XIX, 1-10)
³ Saint Médard est né vers 456 en Picardie et devient evêque de Noyon en 530. C'est dans 
  cette ville qu'il accueille la reine sainte Radegonde et la consacre à Dieu dans des 
  voeux perpétuels. Bien qu'étant un saint du nord, il est très apprécié dans le sud-ouest
  et de nombreux villages le choisissent comme saint patron. Méard est une déformation
  linguistique de Médard provenant de la langue romane.
¹¹ La plus grande partie de la population française de la fin du Moyen-Age est illettrée. 
   Grâce aux peintures, L’église offre un catéchisme sur ses murs.
 ²² L’édit de janvier 1562 favorable aux protestants, promulgué sous l’influence de Michel
   de l’Hospital et de Théodore de Bèze, resté à la cour après le colloque de Poissy a
   profondément mécontenté le parti catholique. Ses représentants, dont la famille des Guise,
   ont été éloignés de Paris par Catherine de Médicis. Le 1er mars 1562, François de Guise,
   de retour à Paris depuis ses terres de Lorraine, s’arrête dans le petit village de Wassy,
   en Champagne, où, à quelques mètres de l’église romane, des fidèles sont rassemblés dans
   une grange pour y célébrer le culte réformé : or il était interdit dans l’enceinte des
   villes. Le duc de Guise trouve là prétexte à intervenir, et fait massacrer hommes, femmes
   et enfants. (source : musée virtuel du protestantisme)
³³ La technique de peinture murale utilisée à Saint-Méard est celle du mezzo-fresco. Les
   couleurs minérales, en suspension dans l'eau, sont posées sur un enduit encore frais 
   (d’où provient le terme fresco).L'enduit fait à partir de chaux mêlée à du sable subit
   une transformation chimique en séchant : les pigments colorés sont alors incorporés dans
   la fine pellicule qui se forme à la surface du mur, la peinture devient ainsi dure et
   résistante. Cette technique exige une grande rapidité d’exécution car les enduits sèchent
   vites. A saint Méard, une partie du décors a été réalisé sur de la chaux en cours de 
   séchage et donc de carbonatation. La peinture adhère moins bien. Le terme mezzo-fresco 
   définit donc une peinture réalisée en deux temps: d'abord sur un enduit frais (d’où vient 
   le terme fresco) puis quelques  heures après sur un enduit en cours de séchage.
¹¹¹ Dans l'ordre de lecture : Le Christ de Saint-Méard, la descente aux limbes peinte par 
   Vassil au XVI ème siècle et aujourd'hui conservée au musée des Beaux-Arts de Lille,
   la descente aux limbes de Bellini de 1455 et enfin, un détail de la Maesta de Duccio
   à Sienne.

Sources et bibliographie

  • BOURROUSSE DE LAFFORE, Nobiliaire de Guienne et de Gascogne, Paris : Dumoulin, 1856
  • COURCELLES (de), M, Dictionnaire universel de la Noblesse de France, Paris, Bureau général de la noblesse de France, 1822
  • CROUZET, Denis, Les Guerriers de Dieu, tome I, pp. 527 et suivantes, éd. Champ Vallon, 1990.
  • DIDIER LEGRAND ATELIER, étude préalable, 2013
  • FERET, Edouard, Annuaire du tout Sud-Ouest illustré : comprenant les grandes familles et les notabilités de Bordeaux et des départements de la Gironde, de la Charente-Inférieure, de la Charente, de la Dordogne, du Lot-et-Garonne, des Landes et des Basses-Pyrénées, Paris : Mulo, 1910
  • RIBEYROL, Claude, Saint Méard de Drone, du Moyen Age à la modernité
  • VIGIER DE LA PILE, François, Histoire de l’Angoumois, Paris JH Michon, 1846

 

  • Archive de Dordogne
  • Base de données Gallica
  • Base de données Guyenne
  • Base de données Persée
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  • Base de données Société Historique et Archéologique du Périgord
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